No Fake Science : attention aux articles concernant la contamination radioactive de l'eau potable

Par APMC - Nicolas Kapusta 2019-07-19 20:39:01
APMC : No Fake Science : attention aux articles concernant la contamination radioactive de l'eau potable
Difficile de passer au travers de la douzaine d'articles, depuis deux jours, qui signalent, sur une alerte d'une association antinucléaire, une contamination radioactive de l'eau potable qui concernerait des millions de français.
En effet, sur la base de données publiques et de mesures réalisées par ses membres, cette association a identifié une présence significative de tritium d'origine humaine dans les eaux de consommation de plusieurs agglomérations.
Le tritium, c'est un isotope radioactif de l'hydrogène ; présent naturellement dans l'environnement en très faibles proportions, présent en proportions supérieures du fait des retombées des essais nucléaires passés...
Et en proportions encore plus grandes à proximité des sites nucléaires, centrales, usines de retraitement, sites de stockage de déchets et centre de recherche ou des application militaires du CEA, qui en rejettent de grandes quantités.
Et ce, sans accident : les rejets de tritium font partie de la marche normale de ces installations, et les flux rejetés sont régulés, surveillés, contrôlés, pour avoir le plus faible impact possible sur l'environnement et le public.
En pratique, c'est bien le cas... L'impact radiologique total des installations nucléaires est de l'ordre du centième au millième de la radioactivité naturelle, et le tritium n'en représente qu'une fraction.
Du coup, que s'est-il passé d'exceptionnel pour susciter un tel emballement médiatique ?
L'ACRO, l'Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l'Ouest, s'est faite remarquer il y a un mois en publiant ses mesures de contamination en tritium de la Loire, en aval de la confluence avec la Vienne, et donc de cinq centrales nucléaires.
Des mesures toutes dans les valeurs attendues, sauf une, plus élevée. Pas de quoi susciter d'alerte sanitaire, et de très loin ; mais de quoi interroger. L'Autorité de Sûreté Nucléaire a d'ailleurs mené une enquête sur l'origine de cette valeur.
Mais ce mois-ci, rien de tel. Il n'est question que d'une contamination de l'eau potable, certes, mais tout à fait conforme à l'attendu, sans enjeu sanitaire quelconque. Quelques dizaines de becquerels par litre, là où l'OMS fixe un plafond à dix mille.
En guise de "révélation", il ne s'agit donc que d'un panorama, basé sur des données publiques, de l'état actuel bien connu des autorités nucléaires et sanitaires et dépourvu de motif d'alarme.
Pis, dans les articles de presse sur le sujet, la CRIIRAD demande à que ce soient abaissés les seuils d'alerte et les limites de potabilités retenues, sans justification autre que, pour résumer, "les études sont limitées".
En effet, s'il est admis que les connaissances sur la radiotoxicité du tritium gagneraient à être affinées, les études de risques réalisées par les autorités françaises ou l'OMS prennent en compte ces incertitudes, et appliquent des marges considérables.
Celles-ci se basent sur les valeurs de radiotoxicité retenues par la CIPR, la Commission Internationale de Protection Radiologique : https://www.asn.fr/L-ASN/International/Les-relations-multilaterales-hors-Europe/La-Commission-internationale-de-protection-radiologique-CIPR
Les dernières données publiées commencent à dater et concernant l'eau tritié, il semble de plus en plus convenu que la radiotoxicité est sous-estimée, d'un facteur 2 selon certaines études mises en avant par l'ACRO. Voir page 268 ici : https://www.asn.fr/sites/tritium/

Cependant, la CIPR a préféré ne pas modifier sa manière de considérer cette radiotixicité, ne jugeant pas encore assez robuste ces données. (https://iopscience.iop.org/article/10.1088/0952-4746/28/2/E02)
En revanche, quand l'OMS fixe un seuil de potabilité à 10 000 Bq/L elle suppose une consommation exclusive d'eau contaminée, à raison de 2L par jour. La dose radioactive annuelle reçue correspond alors au dixième de la limite légale admissible en France pour le public.
Cette limite légale est elle-même inférieur d'un facteur 2 à 5 à ce que la radioactivité naturelle provoque en France, et d'un facteur 100 au niveau auquel un risque est explicitement identifié.
Ainsi, avec un seuil de potabilité induisant une dose mille fois plus faible que la dose avérée à risque, en supposant une consommation de cette eau contaminée, le principe de précaution est bien appliqué dans l'établissement de cette limite de potabilité.
Sur quoi donc reposent-alors les revendications de la CRIIRAD ? Ne serions-nous pas dans le cas d'une remise en cause faiblement argumentée, provenant du milieu militant, des connaissances scientifiques et des agences sanitaires ?
Et pourtant, ce discours alarmiste est repris abondamment par la presse, parfois sans recul ni contradiction, parfois avec un autre son de cloche donné, celui de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire. Mais sur un pied d'égalité avec les militants...
Comme si toutes les opinions se valaient, quelle que soit la solidité de l'argumentaire ou la pertinence de la source. L'information scientifique et militante sont opposées, alimentant la défiance du public envers la science.
Un sujet à caractère scientifique qui aurait du être restitué à toutes et à tous sans déformation sensationnaliste ni partisane. Qui ne l'a pas été.

Article rédigé par @TristanKamin, membre de @nofake_science. Source : Thread de No Fake Science

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