Le CETA et la viande aux farines animales

Par APMC 2019-07-25 16:32:38
APMC : Le CETA et la viande aux farines animales
Ce mardi 23 juillet, l’assemblée nationale a voté en faveur de la ratification du Ceta, le traité polémique de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Signe de la controverse, le vote a été relativement serré avec 266 députés pour et 213 contre (avec 74 abstentions). Nous parlons de polémique, controverse, ... mais sur quels points ? Comment discerner le vrai du faux alors que les deux “camps” s’accusent mutuellement de propager des Fakes News concernant la viande aux farines animales ?

Qu’est ce que le CETA ?

Le CETA c’est l'abréviation de “Comprehensive Economic and Trade Agreement”. C’est un accord économique et commercial entre l’Union européenne et le Canada. Il a été négocié en 2009 et signé sept ans plus tard (en 2016) par Justin Trudeau (Premier ministre canadien) et le président du conseil européen (Donald Tusk). Il a commencé à être appliqué provisoirement et uniquement sur le plan commercial le 21 septembre 2017.

Le traité est relativement complexe, surtout technique, et prévoit, pour améliorer les échanges, une réduction des droits de douane entre les continents. En outre le traité a pour vocation d’harmoniser les normes : "En clair, une entreprise qui veut exporter au Canada pourra désormais utiliser les mêmes tests qu'elle utilise pour obtenir sa certification en Europe. Plus besoin de refaire une certification au Canada" dixit Sébastien Jean (directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII)) sur Franceinfo.

La majorité de la polémique se concentre sur l’agriculture. En effet le traité ajoute de nouvelles règles dans le domaine. Ainsi l’UE et le canada pourront exporter de plus nombreux produits sans droits de douanes.

Quel est le point principal de la polémique ?

Il concerne le “double risque” pour certains sur la viande bovine : Un risque sanitaire ainsi qu’une possible déstabilisation de la filière. Ils accusent le gouvernement de mentir sur les farines animales qui seront "bel et bien consommées par les bovins qui vont atterrir dans nos assiettes" (Pierre-Henri Dumont (LR) ). Christian Jacob a quant à lui ajouté ceci sur RTL au 23 juillet 2019 : “Un vrai risque sanitaire. Depuis vendredi 19 juillet, l’agence de l’aliment canadienne a reconnu que les Canadiens utilisent des farines animales pour nourrir leurs bovins. Celles-ci sont interdites en France depuis 1990, en Europe depuis 1994. Et les Canadiens utilisent ce type d’aliments, des farines de sang, farines confectionnées à partir de cuir, de gélatine, etc. Tout un tas de produits qui ont été interdits en Europe ”.

Quels est le vrai du faux ?

Tout d’abord, le CETA ne comporte effectivement aucun article sur la farine animale et , d’après Lionel Fontagné (professeur d'économie à la Paris School of Economics de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne), "rien n'interdit l'importation en Europe d'animaux nourris aux farines animales" et leur interdiction en Europe, "en vertu du principe de précaution", est toutefois "une question éthique et non de santé publique". En outre, il est nécessaire d’indiquer d’autres informations, sinon les médias continueront à mettre de l’essence dans le moteur du “système de la peur”.

En 2018 le Canada a expédié 2.3% des 65.000 tonnes de viande potentiellement autorisées. Cela représente 12 tonnes en France (soit 0.1% de la consommation de viande française selon les chiffres de la douane). Effectivement, même si l’accord ne précise rien pour la farine animale, il impose un cahier des charges relativement lourd sur la viande canadienne et l’europe est libre d’accorder ou non l’autorisation d’export aux élevages et ont la possibilité de faire des contrôles.

D’après l’Opinion : “A ce jour, sur les 70 000 élevages canadiens, seuls 36 ont obtenu le blanc-seing ! Pour remplir leurs quotas, les Canadiens devraient créer de toutes pièces une filière qui n’existe pas et qui sera difficile à rentabiliser. La viande destinée à l’Europe doit être issue d’élevages dédiés, exempt de farines animales et d’hormones, de la naissance des veaux à leur abattage. Des standards bien plus coûteux que ceux exigés pour le marché américain, sur lequel les hormones sont permises. Le sujet des farines animales n’en est, lui, pas un, puisque si elles sont effectivement autorisées dans l’élevage conventionnel canadien, elles restent, dans les faits, plus coûteuses que la nutrition végétale classique.”.

Michel Dantin, ex-député européen PPE ajoute aussi “On joue à se faire peur. Le Canada et l’Europe ont discuté de cet accord de manière équitable. Ce sont des pays de développement comparable, avec des standards et coûts de production comparables si ce n’est tout à fait identiques. Expliquer que l’on fait courir un risque sanitaire aux populations avec la viande canadienne est irresponsable. D’ailleurs, au Canada, on ne se réjouit pas du tout de ces contingents de bœuf. Les agriculteurs savent qu’ils n’en bénéficieront pas, et qu’à l’inverse, les productions laitières locales vont être concurrencées par les nôtres.” Car, fait-il valoir, "ces farines ne présentent aucun danger sanitaire, dans la mesure où, depuis l'ESB, les processus industriels d'inactivation du prion ont été rendus systématiques". Mais, reconnaît l'économiste, "on peut préférer consommer du bœuf élevé en pâturage ou avec du fourrage bien sûr, ce qui est le cas en choisissant une viande originaire de France. Nous avons obtenu un système dérogatoire de ce point de vue".

En l’état actuel de la situation de nombreuses sources se contredisent et il est donc impossible d’affirmer ou d’infirmer à 100% que des animaux élevés aux farines animales ne se trouveront pas dans notre assiette. Jacques Maire, rappelle pour sa part qu'il n'y a actuellement que "36 élevages enrôlés dans le programme et 4 abattoirs autorisés à exporter vers l’Union européenne." 36 sur 70.000 élevages canadiens. Pour effectuer une meilleure vérification, il faudrait avoir accès aux informations d’élevage concernant les 36 élevages canadiens autorisés à exporter vers l’Union européenne.

Sources :
https://www.lejdd.fr/Politique/ceta-oui-le-canada-pourra-...
http://www.leparisien.fr/economie/normes-controles-...
https://www.lopinion.fr/edition/economie/ceta-viande-...
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/ceta-ce-qu-il-faut-...
https://www.ouest-france.fr/economie/commerce/ceta-quatre-questions-...
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/22/farines-anim...
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/farines-animales-bo...
https://www.francetvinfo.fr/econo...
http://www.cepii.fr/PDF_PUB/rr/rr2019_01.pdf
http://www.igf.finances.gouv.fr/files/live/sites/igf/files/contributed/IGF%20internet/2.......
http://docplayer.fr/127309086-Analyse-de-l-accord-de-libre-echange-entre...
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